Il y a un truc qui me consterne dans le milieu entrepreneurial. Un truc qui me fait fuir beaucoup de soirées et d’évènements entre pros, tellement les échanges y sont faux et l’ambiance délétère. Je suis d’ailleurs persuadée que c’est ce qui maintient beaucoup de freelances dans la précarité – à tel point que certains finissent par se persuader que galérer est le pendant de la liberté.

Ce truc, c’est l’aversion à la vulnérabilité. C’est pas réservé aux entrepreneurs, mais c’est particulièrement présent dans ce milieu.

T’as jamais remarqué ? Dans les conversations pro, tout le monde serre les fesses en essayant de garder la discussion à son avantage – et change de sujet ou reste évasif dès qu’on approche d’une zone de vulnérabilité.

C’est hyper rare que l’échange prenne une tournure authentique, que quelqu’un parle avec simplicité et honnêteté de ses difficultés, ses doutes et ses passages à vide. On reste sur les succès – ou bien on parle de la météo.

Dans ce contexte tu fais comme tout le monde : tu mets ta poker face et tu joues la partie même si tu comprends pas trop les règles. Apparemment, le but est de jamais paraître douter ou pas savoir. Sauver la face, quoi.

Puis tu rentres chez toi la boule au ventre, avec dans tes poches une vingtaine de cartes de visite et la certitude que t’es le seul entrepreneur au monde à en chier.

Et tous ceux à qui t’as parlé ont passé exactement la même soirée.

Mais tout va bien, car les apparences ont été sauvées, pas vrai ?

Refuser la vulnérabilité : de la souffrance inutile et de l’énergie gaspillée

Toute cette énergie dépensée à feindre que tout est lisse et parfait, à prétendre que tu connais pas les coups de mou et qu’il te traverse jamais l’esprit de tout arrêter pour un job salarié sans responsabilités… Quel gâchis, putain.

Pourquoi gaspiller autant de ressources à prétendre qu’on fonctionne pas comme des êtres humains normalement constitués ? Pourquoi se foutre collectivement toute cette pression pour sembler parfaits et intouchables, quand on est TOUS imparfaits et vulnérables ?

C’est un raisonnement complètement pété, irrationnel et qui crée de la souffrance inutile.

Mais pourquoi, alors ? Pourquoi est-ce que c’est si dur de se montrer vulnérable ?

Parce que dans l’imaginaire collectif, c’est associé à de la faiblesse. On croit qu’en affichant sa vulnérabilité, on va faire l’étalage de sa faiblesse, et donc être moins aimé. On fuit la vulnérabilité parce qu’en se montrant en entier et donc imparfaits, on pourrait être jugé, moqué, discrédité, rejeté.

Pourtant, quand on prend des risques, quand on se lance dans l’inconnu, quand on s’ouvre émotionnellement à quelqu’un, on est en situation de vulnérabilité.

Est-ce que ça sonne comme de la faiblesse, ou comme le courage de vivre sa vie pleinement ?

En barrant la route à la vulnérabilité, on croit aussi éloigner les émotions négatives qui lui sont associées (honte, chagrin, tristesse, peur, colère…). Seulement voilà : la vie c’est une formule unique, pas une soirée tapas. Tu choisis pas ce qu’il y a dans l’assiette. Et si tu coupes la souffrance, tu coupes aussi la jouissance.

Sans prise de risque, sans saut dans l’inconnu, sans mettre tout ton cœur dans un truc qui peut ne pas marcher, pas de vie exaltante… Et pas d’entreprise qui se développe.

Très peu de gens comprennent que ce rejet de la vulnérabilité les saborde.

Pourtant, quand tu t’échines à sauver la face partout où tu vas, tu massacres deux trucs :

  1. la possibilité de te connecter aux autres ;
  2. tes opportunités de progresser.

Le pouvoir du “moi aussi”

On croit qu’en se montrant vulnérable, on va se faire foudroyer par la honte, puis être banni du groupe et condamné à mourir grignoté par son chinchilla.

Mais est-ce que ça t’es déjà arrivé ? Est-ce qu’un ami t’a moins aimé parce que tu lui as parlé de tes difficultés ?

Ou est-ce qu’il s’est senti honoré que tu le choisisses comme confident ?

Et toi, comment tu réagis quand quelqu’un a le courage d’être sincère ?

Lorsque j’ai écrit mon billet sur l’incertitude dans l’entrepreneuriat, j’ai pas mal hésité avant de l’envoyer. Parce qu’il relate une période de ma vie qu’il n’était pas confortable pour moi d’exposer.

Finalement, la certitude qu’il fallait parler de ces moments de creux l’a emporté sur les “Que va-t-on penser de moi ?”, et j’ai appuyé sur publier.

En retour, j’ai reçu comme un énorme soupir de soulagement. En commentaires et en messages privés, des entrepreneurs connus ou inconnus m’ont remerciée d’exprimer avec sincérité des moments difficiles qu’on passe habituellement sous silence. Ils m’ont dit s’être sentis moins seuls – et quelque part rassurés.

Dans les conversations, c’est pareil : quand quelqu’un ose aborder une difficulté, t’as comme un murmure dans l’assemblée, une sorte de relâchement général suivi d’un concert de « moi aussi ». Ton visage se détend, tes épaules se relâchent. T’as cette sensation de chaleur dans le corps, celle qui se manifeste quand tu te sens relié aux autres.

Quand tu t’échines à paraître “fort” en toutes circonstances, c’est ça que tu massacres : tes opportunités de te sentir connecté, relié, pas isolé.

Pourquoi, mais pourquoi faire ça, alors que la connexion est l’un des besoins fondamental de l’être humain ?

Pourquoi se priver d’un tel sentiment de joie d’être entouré, juste pour prétendre ne pas souffrir et douter comme absolument toutes les personnes autour de toi ?

(Hey, si t’es encore sceptique sur le rôle de la vulnérabilité dans les relations humaines, c’est l’heure de se repasser un petit coup du merveilleux TEDx de Brene Brown 📼)

Tu veux avancer ou qu’on te voie pas pleurer ?

Même dans des espaces dédiés, bienveillants, sécurisés, on esquive encore la vulnérabilité.

Je le vois en coaching. C’est fou le nombre de personnes qui investissent des sommes importantes dans ce genre d’accompagnement, ou dans de la thérapie… Tout ça pour rester en surface, ou changer de sujet dès qu’on touche un point sensible.

Parfois, il y a un petit plaisir malsain à être celui qui pleure pas, qui a moins de difficultés que les autres, qui est plus fort que les autres.

Sauf que c’est pas vrai.

Et pendant que ces autres se montrent vulnérables, toi tu restes avec tes problèmes bien gardés derrière ton bouclier.

Comment est-ce qu’on peut t’aider si tu parles que de tes réussites ou si tu coupes la conversation dès que tu te sens gigoter sur ta chaise ? Qu’est-ce qu’on peut t’apporter si tu te montres pas en entier ?

C’est pas agréable de partager du pas glorieux, du pas parfait. C’est difficile d’avoir la gorge serrée devant une autre personne (ou un groupe tout entier).

Dans ces moments-là, tu peux ravaler tes larmes et changer de sujet. Tu peux dépenser plein d’énergie à remettre un couvercle sur ce qui voulait sortir, et repartir comme en quarante.

Ou bien tu peux laisser couler. Tu peux partager qui tu es à quelqu’un qui est là pour t’écouter. Quelqu’un qui se sentira en empathie avec toi et te remerciera silencieusement de t’être montré vulnérable, parce qu’il faut une bonne dose de courage pour se mettre à nu comme ça. Quelqu’un qui saura peut-être éclairer la situation différemment, et suggérer des chemins que tu n’avais pas vus.

Bref, dans les espaces où tu peux être vulnérable sans danger, à toi de voir ce qui est plus important : saisir cette opportunité pour progresser, ou qu’on te voie pas pleurer.

💟 Je coache les entrepreneurs qui ont l’audace et le courage de se montrer entiers, qui n’ont pas peur de regarder là où ça pique pour avancer. Tu veux passer la vitesse supérieure ? Écris-moi à anaelle [a] freetheideas.fr ou via le formulaire de contact.
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